Développement d’une régie de culture misant sur l'amélioration de la santé des sols pour rétablir le potentiel de rendements de sites de fraisières en rangs nattés présentant un historique de dépérissement

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Référence :

Christine Landry, Mylène Marchand-Roy, Julie Mainguy et Mélissa Paradis.. 2018. Développement d’une régie de culture misant sur l'amélioration de la santé des sols pour rétablir le potentiel de rendements de sites de fraisières en rangs nattés présentant un historique de dépérissement IRDA. 30 pages.

Résumé :

L’apport de différents amendements et engrais organiques (AEOs), combinés ou non avec des biostimulants, a été testé dans un champ de fraises en rangs nattés présentant huit années de dépérissement, afin de voir s’il était possible de rétablir son potentiel de rendement. Les tests d’écologie microbienne du sol ont confirmé la présence de champignons pathogènes et de nématodes liés au dépérissement. Les taux étaient faibles, mais les proportions de pathogènes (Verticillium et Sclerotinia) tendaient tout de même à être inférieures dans les sols avec AEOs. De plus, certains AEOs ont haussé significativement les populations de champignons bénéfiques (mycorhizes) du sol. Toutefois, à la fin de l’essai, aucun symptôme de dépérissement n’a été observé. L’étude a par ailleurs permis de mesurer les prélèvements totaux en N par la culture, tous similaires à ceux de la régie conventionnelle (ECV) (100 % engrais minéraux (EM)). Ceux-ci s’élevaient à ~45 kg N/ha/an à la fin de l’an 1 et valaient entre 45 et ~60 kg N/ha/an à la fin de l’an 2. De ce fait, des quantités très élevées de nitrate résiduel ont été retrouvées à la fin de la 1ère saison (~130 kg N-NO3/ha) suivant l’apport recommandé de 125 kg N/ha (CRAAQ 2010). La culture a donc été sur-fertilisée en comparaison de ses besoins, d’autant plus qu’une part du N prélevé provient toujours de la fourniture naturelle en N du sol et non des engrais. Il serait donc pertinent de revoir tant les doses que la répartition des apports d’EM entre l’an 1 et 2. L’usage d’une part de N organique (No), non lessivable, pourrait aussi être mise à profit, combinée à une dose moindre et mieux répartie d’EM. L’efficacité du No à soutenir la production de la culture est en effet démontré par les rendements en fruits des régies d’AEOs, tous aussi hauts que ceux de la régie ECV, malgré une réduction de 25 et 40 % des apports de N minéral. En fait, les rendements en T/ha obtenus avec les AEOs tendaient tous à être supérieurs, surtout ceux avec le compost de fumier de bovin (CFB) (+ 14 à 22%), seul AOE à produire une teneur en Ntotal du sol significativement plus élevée au printemps de l’an 2. Les fientes granulées de poules (FPG) n’ont pas entraîné une telle différence, probablement parce qu’elles présentent une situation intermédiaire entre les EM et le CFB vu leur C/N beaucoup plus bas (FPG : 8, CFB : 20) ce qui entraîne une libération plus rapide du N. Il se peut d’ailleurs que ce soit ce délai de libération du N qui ait empêché un gain significatif (P < 0,10) de rendement avec le CFB. L’évolution des rendements montre en effet que la production des parcelles avec CFB tendait à accuser un retard important lors des 2 premières récoltes mais qu’à partir de la 4e récolte, la production tendait alors à être supérieure à celle de la régie ECV. Par contre, le dosage du NO3 du sol à la floraison montrait une disponibilité identique en N disponible pour toutes les régies. De ce fait on ne peut pas statuer sur ce qui a empêché les rendements des régies CFB de se différencier statistiquement de ceux des autres régies, mais il serait intéressant de poursuivre les essais avec cet AEO qui a toutefois favorisé significativement d’autres paramètres importants du rendement et de la fertilité du sol, tel que le rendement en g fruits/plants ou le calibre des fruits, de même que le taux d’activité microbienne du sol et sa macroporosité. De plus, certaines régies d’AEOs ont augmenté la survie et le nombre de plants après une saison, en comparaison de la régie ECV. D’un point de vue économique, les nouvelles régies ont peu affecté la marge de production, malgré les coûts d’achat des CFB, FPG et biostimulants (- 0,9 à - 4,8 % vs régie ECV) et la différence serait encore moindre si le producteur n’avait pas à payer pour les AEOs, ce qui ne peut être le cas des biostimulants. De plus, l’avantage du CFB pourrait s’accroître lors d’une 3e année, puisque les apports d’AEOs plus résistants nécessitent quelques saisons pour exprimer pleinement leurs bénéfices. Cela pourrait aussi s’appliquer aux biostimulants, dont les applications seraient répétées. Surtout si des conditions climatiques et phytosanitaires moins favorables devaient alors prévaloir.